La philosophie de Laodai : retour sur le Nawa Kai Avec Laodai en en invité

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Ce Nawa Kai avec Laodai m’a apporté tout ce que je pouvais attendre de ce type de format : un mélange particulièrement réussi de retour d’expérience personnelle, de technique, d’intention et de créativité.

Je ne connaissais Laodai qu’au travers des quelques photographies qu’il avait publiées. Lalhow l’avait cependant déjà rencontré lors d’une session où elle s’était fait attacher par lui, et elle avait trouvé son approche particulièrement intéressante.

Pour ma part, je n’avais donc découvert son travail qu’en images, car Laodai reste très discret en ligne.

J’avoue avoir été bluffé par la profondeur de son expérience, par sa pratique, mais surtout par l’intensité de son intention dans les cordes. J’y reviendrai plus loin.

Le parcours de Laodai dans le Shibari

Ce Nawa Kai débute par une présentation du parcours de Laodai et de son apprentissage du Shibari.

Il a commencé avec des tutoriels en ligne, puis en s’entraînant comme il le pouvait, avant de rencontrer Ayame, la modèle qui avait accompagné NuitDeTokyo lors de notre premier Nawa Kai.

Cette rencontre a fondamentalement changé son approche du Shibari.

Jusqu’alors principalement technique et esthétique, sa pratique lui a progressivement permis d’entrevoir la puissance émotionnelle des cordes et tout ce qu’il était possible de transmettre à travers elles.

Ce déclic l’a poussé à approfondir son apprentissage et à explorer différents styles, notamment l’aibunawa et le semenawa, aussi bien en Europe qu’au Japon et aux États-Unis.

Cette vision panoramique des différentes manières de pratiquer le Shibari à travers le monde lui a permis de construire son propre style, mais aussi de définir plus clairement son intention.

Les différentes approches du Shibari dans le monde

J’ai justement interrogé Laodai sur les différences qu’il avait observées entre les pratiques américaine, japonaise et européenne.

Le Shibari aux États-Unis : mouvement et active modeling

Aux États-Unis, le modèle adopte souvent une position très active. Il regarde son rigger, participe à la performance et la porte avec lui.

C’est le fameux active modeling.

Les positions se réalisent principalement sans TK, avec beaucoup de freehands. Le but est de jouer dans les cordes selon une approche presque circassienne, avec de nombreux mouvements, des balanciers et des interactions actives entre l’attacheur et le modèle.

La session devient alors un véritable show construit à deux.

Le Shibari au Japon : ressentir avant de rechercher la forme

Au Japon, la recherche de la forme semble intervenir beaucoup moins dans les attentes du modèle.

La personne souhaite avant tout être attachée, ressentir et expérimenter : de la souffrance, de l’érotisme, les deux à la fois ou tout autre état proposé par les cordes.

Peu importe finalement la forme exacte : ce qui compte est l’expérience personnelle, émotionnelle et sensorielle vécue dans le Shibari.

Le Shibari en Europe : la recherche de la forme parfaite

L’Europe présente encore une autre approche, très centrée sur l’association du fond et de la forme, ainsi que sur la pattern finale.

Les modèles et les attacheurs sont souvent engagés dans une recherche de perfection esthétique et technique.

Le modèle est prêt à s’entraîner, à travailler sa souplesse et parfois à dépasser certaines limites physiques afin de se rapprocher de la forme recherchée. De son côté, le rigger devient extrêmement technique et précis pour parvenir à la réaliser.

Laodai ne porte aucun jugement sur l’une ou l’autre de ces approches. Il en fait simplement un constat que j’ai trouvé particulièrement juste et réaliste, et que je partage largement.

Le rigger comme chef de restaurant

Une autre partie de la discussion portait sur la manière dont un rigger se positionne lorsqu’il attache une personne pour la première fois.

Laodai a utilisé une analogie que j’ai trouvée très parlante : le rigger est un restaurant et le modèle est son client.

En fonction du plat choisi par le modèle, le chef le cuisine à sa manière et avec son propre savoir-faire.

Si une personne vient manger des sushis, le chef ne doit pas essayer de lui imposer une pizza.

Cette vision correspond à une notion de pleasure dom que je partage entièrement avec lui. Le rigger n’impose pas arbitrairement son univers. Il compose avec les envies de son modèle.

Il ne force pas, mais il ne s’efface pas non plus.

Comme dans certaines émissions culinaires, le modèle met à disposition une liste d’ingrédients et de préférences. Au rigger d’en faire le meilleur plat possible en y apportant sa personnalité, son style et sa créativité.

Le rôle du modèle dans la co-création d’une session

Laodai a également abordé un autre point essentiel : le rôle des modèles et leur responsabilité dans la co-création de la session.

Entrer dans un restaurant en disant simplement « j’ai faim » n’est pas suffisamment précis pour que le chef puisse préparer le plat de vos rêves sans risquer de se tromper.

De la même manière, dire uniquement « j’ai faim et j’aime le sel » restera un peu léger pour construire une session pleinement satisfaisante de part et d’autre.

Un minimum d’informations est nécessaire sur la dynamique recherchée, les envies en matière d’érotisme, de douleur ou d’intensité, ainsi que sur les jeux et les pratiques souhaités.

Cette communication permet d’éviter que l’une des personnes reparte frustrée.

Lorsqu’il manque des informations, le rigger adoptera généralement une position très prudente. Pour éviter tout geste qui pourrait heurter son modèle, il restera largement en dessous de ce qu’il serait capable de proposer, afin d’être certain de ne pas dépasser son consentement.

Cette analogie reflète, à mes yeux, une réalité très actuelle de nos pratiques.

Pourquoi attachons-nous ?

Un autre point crucial, que je partage également avec Laodai, consiste à se demander :

Pourquoi est-ce que j’attache ?

Quel est notre moteur intérieur ? Quel est ce feu qui nourrit notre pratique ?

Cette réflexion constitue la base de l’intention et de l’énergie que nous allons ensuite transmettre au cours de nos sessions.

Attachons-nous pour l’esthétique ? Pour la sensualité ? Pour capturer symboliquement notre partenaire ?

Sommes-nous davantage attirés par l’exposition, la domination, la perversité ou l’érotisme ?

Ce positionnement devra naturellement s’ajuster à chaque partenaire. Mais il permet de développer l’énergie, la confiance et la créativité nécessaires pour construire des sessions véritablement intenses.

Lorsque le rigger est pleinement incarné dans son intention, son partenaire le ressent immédiatement.

Consentement : écouter les paroles et observer le corps

Laodai nous a également partagé son expérience du démarrage d’une session avec une personne qu’il attache pour la première fois.

La définition du cadre par la parole, en amont de la session, est essentielle. Mais la lecture des réactions du corps l’est tout autant.

Le cerveau rationalise. Le corps, lui, ressent. Et les deux peuvent parfois être en dissonance.

La première connexion au corps de l’autre doit donc se produire dès le commencement de la session, avant même la pose de la première corde.

Un contact peau à peau permet immédiatement de percevoir si la personne est à l’aise avec la proximité physique ou si, au contraire, une crispation apparaît.

Il est préférable de l’identifier avant la première corde plutôt que de démarrer une session et de risquer de voir l’ambiance se dégrader progressivement.

Le « take » pour poser son intention

La prise des mains, le fait de poser une main sur un bras ou encore le take, qui consiste à saisir un avant-bras tout en exerçant une pression sur ses tendons, peuvent aussi permettre de poser une intention.

Laodai aime dominer et prendre le contrôle afin de jouer avec le corps et les émotions de son modèle.

Ce take permet d’installer directement le cadre et de marquer le véritable début de la session.

Mais même lorsque le consentement a été exprimé verbalement, si la personne se crispe ou manifeste un malaise, le devoir du rigger est de prendre cette réaction en compte et de ne pas poursuivre dans cette direction.

Créativité, hojojutsu et adaptation au modèle

La suite de l’après-midi fut consacrée à la créativité.

Laodai a commencé par présenter plusieurs variations de positions construites autour d’une prise des doigts issue de l’hojojutsu.

Son credo est clair : toujours s’adapter à son modèle, à sa corpulence, à sa souplesse et à ses capacités, tout en restant créatif afin de développer son propre style plutôt que de simplement reproduire des formes apprises.

Plusieurs positions au sol utilisant un bambou nous ont permis d’explorer les possibilités offertes par ce bondage des doigts.

Une autre menotte issue de l’hojojutsu nous a ensuite montré comment attacher une langue, un sexe masculin ou encore des mains à un bambou de manière extrêmement efficace.

Le bambou est d’ailleurs un accessoire que Laodai affectionne presque autant que moi.

Suspension, lignes et verrouillages

La dernière partie de l’après-midi était consacrée aux lignes de suspension, aux verrouillages ainsi qu’aux différentes manières d’attacher et de détacher un gote.

La philosophie de Laodai peut se résumer ainsi :

20 % d’attention consacrée à la technique et 80 % d’intention dirigée vers son partenaire.

Il a développé des techniques spécifiques de verrouillage et d’attache de lignes afin de réduire au maximum le temps nécessaire à leur réalisation.

Il cherche également à raccourcir les « brrr », ces moments durant lesquels le rigger effectue de grands mouvements avec son flot de corde pour détacher une ligne.

Pour lui, ces instants sont souvent perdus, car ils n’apportent rien au modèle. Ils doivent donc être aussi courts que possible.

Chaque corde et chaque passage doivent rester au service de l’intention du rigger et des sensations transmises à son modèle.

La performance de Laodai avec Lalhow

Laodai avait parfaitement exposé cette philosophie pendant le cours. Il en a ensuite livré une démonstration magistrale lors de sa performance avec Lalhow.

Je n’avais pas observé une intention aussi forte et aussi intense depuis mes cours avec Riccardo Wildties.

Tout ce qui avait été expliqué pendant le Nawa Kai se retrouvait dans cette performance : la présence, la domination, l’écoute du corps, la précision technique et, surtout, une intention constante envoyée vers sa partenaire.

Un Nawa Kai particulièrement riche

Ce Nawa Kai avec Laodai fut un véritable moment de détente, de transmission et de partage, tout en restant extrêmement riche en enseignements.

Quel que soit le niveau des participants, toutes les informations et tous les conseils de Laodai visaient à enrichir leur pratique et à les aider à trouver leur propre voie.

Pour ma part, il s’agit tout simplement de l’un des workshops les plus intéressants auxquels j’ai pu participer.

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